Le FNC nourrit ma passion pour le cinéma à chaque édition et me permet de découvrir de nouveaux films ou de nouveaux talents. Et comme chaque année, cette édition du FNC a été une édition à la programmation riche et innovante.
Voici ma critique des films que jâai pu voir cette annĂ©e.
If Beale Street Could Talk
Barry Jenkins nous revient aprĂšs son film Moonlight avec lequel il a remportĂ© un Oscar, avec If Beale Street Could Talk, une adaptation dâun roman de James Baldwin. TournĂ© dâune maniĂšre hyperlyrique qui Ă©voque les souvenirs de Terrence Malick Ă son meilleur, il est lourd en voix off poĂ©tique et en gros plans au ralenti. Ses personnages semblent parfois sâaccorder avec le jazz et le blues qui font la trame sonore du film. Lâhistoire traite du racisme, dâune erreur judiciaire, dâun viol et de conflits familiaux, mais elle a toujours une allure de rĂȘve.
Jenkins utilise un processus de narration non linĂ©aire, sautant en arriĂšre et en avant dans le temps. Heureusement, le rĂ©cit est facile Ă suivre. Alonzo «âFonnyâ» Hunt (Stephan James) est le jeune homme sensible qui essaie de savoir quoi faire de sa vie. ClĂ©mentine «âTishâ» Rivers (KiKi Layne) est la femme de 19 ans dont il tombe amoureux. Elle tombe enceinte, mais leur relation est mise en danger lorsquâil est jetĂ© en prison pour une accusation inventĂ©e de toutes piĂšces.
Comme dans Moonlight, Jenkins et son directeur de la photographie, James Laxton, remplissent le film de longues prises de vues Ă©laborĂ©es dans lesquelles la camĂ©ra fait glisser les personnages. Le rĂ©alisateur et son Ă©quipe nous laissent tout le temps dâadmirer la poĂ©sie des scĂšnes de rue. Le style du film est tout Ă fait particulier, il nâest pas polĂ©mique, mais plutĂŽt sensuel.
Câest aussi un cinĂ©ma avec une touche de magie qui cherche et trouve la beautĂ© dans les endroits les plus improbables. Un film que jâai adorĂ©!
The House That Jack Built
Matt Dillon incarne un architecte devenu meurtrier dans le dernier opus de Lars Von Trier, qui se joue de lâhabituelle absence dâhumour du rĂ©alisateur.
Aujourdâhui, il est de retour avec ce film gore mettant en scĂšne un tueur en sĂ©rie superficiel et auto-satisfaisant. Il prĂ©sente Uma Thurman comme une victime trĂšs, trĂšs stupide dâun tueur en sĂ©rie qui lâa un peu cherchĂ©. Câest un film qui se moque aussi de la politique sexuelle de grief et qui, pour faire bonne mesure, fait la lumiĂšre sur le renforcement des lois amĂ©ricaines sur les armes Ă feu.
Matt Dillon incarne Jack, un tueur en sĂ©rie dâune soixantaine de meurtres Ă son actif, racontant sa terrible carriĂšre Ă un homme incarnĂ© par Bruno Ganz, sur lequel nous ne posons pas les yeux avant la fin. Jack est un architecte intellectuellement accompli et un ingĂ©nieur, en plus dâĂȘtre un connaisseur de lâart et de lâhistoire europĂ©enne, dont un rĂ©sumĂ© inclut des citations visuelles des propres films de Von Trier.
Jack a tuĂ© des femmes, surtout des femmes, dâune maniĂšre jubilatoire et sadique. Dâailleurs, la performance de Matt Dillon est remarquableâ! Mais il y a beaucoup de conversations ennuyeuses et longues pour mener Ă la derniĂšre sĂ©quence. Elle dâune morositĂ© lente et dĂ©sagrĂ©able certes, mais la scĂšne est tellement ingĂ©nieuse en mĂȘme temps.
Un film à voir pour les amateurs de Lars Von Trier et ceux qui veulent le découvrir!
The Guilty
Le superbe premier film de Gustav Möller, The Guilty, qui a remportĂ© de nombreux prix, est un cours de maĂźtre sur lâessoufflement et la tension Ă couper le souffle avec quelques ingrĂ©dients clĂ©s. Le film se dĂ©roule dans deux salles, et lâhistoire se dĂ©roule dans une sĂ©rie dâappels tĂ©lĂ©phoniques. Un policier affectĂ© temporairement Ă un poste de rĂ©partition dâurgence reçoit un appel dĂ©sespĂ©rĂ© dâune femme kidnappĂ©e. Les 75 minutes qui suivent sont si tendues quâon oublie presque de respirer.
The Guilty est Ă©clairĂ© et photographiĂ© de façon conventionnelle et avec soin. Et la conception mĂ©ticuleuse du son, en particulier les moments ponctuels de silence et dâimmobilitĂ©, est essentielle Ă son succĂšs. Mais lâĂ©troitesse du champ visuel du film â une grande partie du drame se joue face au policier Asger Holm (Jakob Cedergren) â accentue lâingĂ©niositĂ© dâun scĂ©nario qui nous permet de dĂ©mĂȘler un mystĂšre en temps rĂ©el.
Sans trop en dĂ©voiler â câest un film qui se regarde le mieux quand on en sait le moins â la dextĂ©ritĂ© se rĂ©vĂšle et se tord comme un coup de poing dans les tripes.